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Bénin : Une tentative de putsch éclaire l’aube à Cotonou, avant de s’éteindre à midi

Togo Breaking News
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Des détonations ont résonné dans certains quartiers de Cotonou dimanche matin lorsqu’un groupe de militaires a attaqué la résidence du président Patrice Talon, alors présent sur les lieux. Quelques heures plus tard, ces mêmes soldats annonçaient à la télévision publique avoir « démis de ses fonctions » le chef de l’État. Une tentative de putsch aussi brutale que brève.

Car avant la mi-journée, le gouvernement béninois reprenait la main. Le signal de la télévision nationale, un temps contrôlée par les mutins, a été rétabli. Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seïdou, s’est voulu rassurant : « la situation est sous contrôle », a-t-il affirmé dans une courte allocution, appelant la population à « vaquer normalement à ses occupations ».

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Une tentative de putsch éphémère

Entre-temps, au siège de l’ORTB, la télévision publique, un message avait tourné en boucle. Les putschistes annonçaient la suspension de la Constitution, la dissolution des institutions, l’interdiction des partis politiques et la fermeture des frontières. Un « Comité militaire pour la refondation » se disait désormais aux commandes du pays.

À la tête de cette tentative de putsch, le nom du lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté comme le chef du groupement des Forces spéciales, une unité dépendant de la Garde nationale dirigée par le colonel Faizou Gomina. En toile de fond, un schéma désormais tristement familier en Afrique de l’Ouest : contrôle de la télévision, annonce d’une rupture institutionnelle, dénonciation de la gouvernance en place. Mais la mécanique s’est enrayée presque aussi vite qu’elle s’était enclenchée.

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Selon les autorités, « un groupuscule de soldats » a tenté de déstabiliser l’État. La hiérarchie militaire, elle, est restée fidèle aux institutions. À la mi-journée, au moins treize personnes étaient arrêtées, dont 12 membres du commando ayant investi la station nationale de radio-télévision. Parmi les interpellés figure également un ancien militaire radié des effectifs.

Le lieutenant-colonel Tigri, lui, était toujours en fuite à la mi-journée, accompagné de plusieurs hommes. Les autorités s’emploient désormais à refermer la parenthèse sans laisser place au doute. Le pouvoir n’a jamais véritablement vacillé. Patrice Talon, selon plusieurs sources, est resté en sécurité tout au long de l’épisode.

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Une onde de choc régionale

L’onde de choc dépasse largement les frontières béninoises. À Addis-Abeba, le président de la Commission de l’Union africaine a condamné « fermement et sans équivoque » cette tentative de putsch, dénonçant une dynamique régionale préoccupante : « la multiplication inquiétante des coups d’État dans certaines parties de l’Afrique fragilise la stabilité continentale ».

La Cedeao, elle aussi, a réagi rapidement. L’organisation sous-régionale dénonce une « action anticonstitutionnelle » et promet que les auteurs seront tenus « individuellement et collectivement responsables » des conséquences humaines et matérielles.

Dans une région marquée par les prises de pouvoir militaires successives au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée, le Bénin faisait figure d’exception démocratique. Cette tentative de putsch avortée vient brutalement rappeler que la stabilité institutionnelle reste fragile, même dans les États jusqu’ici considérés comme des îlots de résilience politique.

Le timing interroge. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, s’apprête à quitter la scène politique. L’élection présidentielle est prévue en avril prochain, et il a annoncé ne pas briguer de troisième mandat. Son dauphin désigné, Romuald Wadagni, devrait porter la continuité du régime.

L’attaque de ce dimanche risque donc de peser sur un processus électoral déjà délicat avec l’impossibilité de présentation aux élections de l’opposition béninoise. Car au-delà du caractère avorté de la tentative, l’épisode laisse transparaître les tensions souterraines qui traversent l’appareil sécuritaire et politique du pays.

Un signal faible, peut-être. Mais dans une Afrique de l’Ouest accoutumée aux ruptures soudaines, aucun grondement n’est jamais totalement anodin.

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