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Gada Folly Ekoue Gada Folly Ekoue

Dr Ekue: "La Coalition a failli en ayant recouru à une méthode dangereuse..." Featured

Written by  Juil 16, 2018

On l’a plusieurs fois écouté dès le début de la crise sociopolitique qui sévit au Togo depuis le 19 août 2017. Dr Gada Folly Ekue, Président du Mouvement Panafricain Alaga (MPA) est convaincu qu’il y a trop d’injustices au Togo qui prédisposent les opprimés à se venger dès qu’ils auront l’occasion. Dans ses multiples interventions, il a estimé que la solution à la crise que traverse le Togo serait de passer d’un Etat unitaire à un Etat fédéral. Pour lui, il s’agit d’une nouvelle orientation de la gestion administrative, économique et politique du pays qui permettra aux uns et aux autres d’être unis dans la diversité.

Le patron du Mouvement panafricain Alaga trouve qu’il faut régler un certain nombre de problèmes qui devraient favoriser une alternance pacifique au Togo. Sur ce, Dr Ekue trouve que la Coalition de l’opposition a failli en ayant recouru à une méthode dangereuse (un coup de force) pour accéder au pouvoir. Dans une interview accordée à Togo Breaking News, le président du MPA revient sur les propositions de sortie de crise et s’explique par ailleurs sur ses relations avec l’Union des Forces de Changement (UFC) de Gilchrist Olympio.

Togo Breaking News : Dr Ekue, cela fait bientôt deux ans que vous êtes assez fréquent au Togo. Est-ce un retour au bercail ?

Dr Ekue Folly Gada : D’abord je vous remercie pour l’occasion que me donne votre média de m’adresser à l’opinion sur des questions qui nous intéressent tous. Effectivement entre 2016 et 2018 j’ai fait plusieurs séjours à Lomé, je crois 7 au total, dont 3 ont duré plus de deux mois. Mais rassurez-vous, je n’ai vraiment jamais quitté le Togo pour qu’on parle de retour au bercail. J’ai toujours été là. Seulement à partir de septembre 2015 où j’étais rentré dans le cadre de l’université libre du CRD (Collectif de Résurgence de la Diaspora) qui a eu lieu à Cesal, mes permanences à Lomé sont devenues de moins en moins anonymes. Voilà.

Vous étiez en effet le secrétaire permanent du CRD chargé du panafricanisme et de l’éducation, mais le public togolais vous a vraiment connu en décembre 2016 à travers le MPA dont vous êtes le coordonnateur. Comment se porte le mouvement ? Un point sur vos activités…

Le MPA se porte bien mais un peu au ralenti ces derniers mois. Comme nous avons eu l’occasion de le dire à vos confrères lors de notre Assemblée Générale d’avril 2018, le mouvement a vu ses activités ralenties à cause de la crise politique togolaise qui a envahi presque tous les espaces d’expression politique et citoyenne dans le pays. Vous savez que le MPA prône une idéologie d’équilibre et de neutralité vis-à-vis du politico-partisan. Nos tentatives initiales de convaincre certaines forces sociales et politiques d’éviter de s’embourber dans des contentieux politiques partisans stériles n’ayant pas abouties, le MPA a préféré ne plus faire de la communication externe pendant un bon moment. Convenez avec moi qu’il n’est pas facile à un courant de pensée résolument neutraliste de trouver des oreilles attentives dans une crise comme celle-ci où les clivages politiques et sociologiques se sont vus davantage cristallisés. Toutefois, le MPA prépare sa saison de conférences thématiques publiques, ce que nous dénommons les CAS (Centres Alternatifs de Savoirs), qui débuteront probablement à partir du mois de septembre.

Justement, pour avoir couvert votre Assemblée Générale du 15 avril 2018, nous savons que le MPA dispose d’une école interne qui fait dans la sensibilisation politique et dans l’éducation citoyenne. Dans ce cadre, vous vous êtes prononcé à plusieurs reprises sur la crise politique qui secoue le Togo depuis bientôt un an. Pouvez-vous revenir là-dessus ?

La position du MPA sur le problème togolais a fait objet d’une conférence de presse en décembre 2016, c’est-à-dire 7 mois avant la sortie tonitruante du PNP d’Atchadam d’août 2017. Une lettre officielle a d’ailleurs été rédigée et adressée au Chef de l’État, et par ampliation à certaines représentations diplomatiques présentes au Togo, dont celle de l’Allemagne, de la France, des Etats-Unis et de l’UE. Cette position ne se réfère donc spécifiquement pas à la crise actuelle qui lui est postérieure. Cependant, et nous en sommes fiers, elle a été formulée à partir de constances historiques qui ont pratiquement prédit la situation actuelle. Et même si la solution au problème togolais que le MPA a proposée semble aujourd’hui difficile à comprendre et à assimiler, je suis persuadé qu’avec le temps plusieurs y adhéreront et que les circonstances finiront par nous donner raison.

Qu’avez-vous concrètement proposé pour sortir le Togo de son instabilité que vous considérez systémique, structurelle et non conjoncturelle ?

Je vous répondrai ici dans des termes assez expéditifs. Le problème du Togo, antérieur de notre point de vue aux années 1990, se résume en l’incapacité de l’élite intellectuelle et politique du pays à trouver la formule d’administration et de gouvernance du territoire qui satisfasse en toute justice et équité aux besoins de toutes les composantes du pays. C’est cela, et pas plus. C’est un problème d’ingénierie sociale et administrative, et de redistribution des ressources. Vous n’êtes pas sans savoir que depuis les années 1946, le contrôle de l’appareil-état, donc des ressources du pays, fait objet de compétitions ardues entre des communautés sociales et politiques. On s’est retrouvé depuis le début dans une situation où les Togolais ont eu des acceptions différentes, particularistes et opposées du pays. Le Togo a donc été créé sur fond d’un contentieux fondamental resté irrésolu et, pire, dont la gestion dans l’entre-temps a déjà créé d’énormes contusions et beaucoup d’injustices des uns contre les autres. La conférence nationale dite souveraine et la transition subséquente, qui auraient dû tabler sur ces questions d’envergure et les résoudre avant le passage à l’ère démocratique, n’a été finalement qu’un instrument supplémentaire entre les mains des uns et des autres pour continuer l’ordalie qu’ils avaient commencée depuis les années 1950. Ainsi, on se retrouve dans l’ère dite démocratique avec de nouvelles règles politiques libérales mais, et c’est ici le problème, avec en fond le même contentieux d’antan. Et on se plaint qu’il n’y a pas d’alternance sans vouloir vraiment se pencher sur les problèmes dont la résolution va créer les conditions pour l’alternance, une alternance pacifique et bénéfique pour tous.

Le MPA a analysé toutes ces questions et a estimé, vu la teneur de l’injustice sociale ambiante, de la haine et de la prédisposition des opprimés à se venger dès qu’ils en auront l’occasion - et ce ne sont pas les dernières violences au Togo et dans la diaspora contre des citoyens togolais qui nous démentiront, - que la meilleure solution durable pour renouer avec la stabilité sociale et politique dans les décennies à venir c’est de passer de l’état unitaire centralisé et déconcentré actuel vers un état régional sur fond de fédéralisme. Il s’agit d’une nouvelle orientation de la gestion administrative, économique et politique du pays qui permettra aux uns et aux autres d’être unis dans la diversité. Je ne vais pas rentrer ici dans les subtilités juridiques et institutionnelles du modèle que nous avons élaboré. J’en ai déjà trop dit. Le document existe et peut être consulté à tout moment par quiconque le désire…

Oui mais cette position n’est pas vraiment celle que le public togolais vous a vu défendre sur les antennes au cœur de la crise ou au colloque du 25è anniversaire de la Constitution de 1992, notamment avec le prof. Kokoroko et bien d’autres juristes considérés proches du pouvoir…

Oui, que cela soit clair : avant la crise d’août 2017 le MPA s’est penché de façon scientifique sur le problème du Togo. La solution proposée est la réorganisation géo-administrative de l’État avec un retour à 4 régions et l’institution du gouvernorat pour les régions. Cette question est différente de celles qui sont nées de la crise de 2017. Elle reste d’ailleurs ouverte et demeurera même après les élections législatives et locales de cette année.

La crise politique actuelle, elle, a donné lieu à un débat scientifique relatif à la portée politique des réformes constitutionnelles et sur le projet des opposants de la Coalition des 14 partis qui ont voulu, par le biais d’un soulèvement populaire soudain, renverser le Chef de l’État ou remettre en cause la légitimité de sa magistrature. Ça c’est une autre question qui est de l’ordre de l’évènementiel et du circonstanciel. Et nous avons dit que la chose n’était pas juridiquement fondée et était par-dessus tout politiquement incorrecte. Je suis persuadé, toutes considérations faites que la C14 a failli en ayant recouru à une méthode si dangereuse pour accéder au pouvoir. S’il y avait des intellectuels dans ce pays qui ne sont pas des partisans et qui tiennent encore à l’objectivité, je crois qu’il était de leur devoir de recadrer la C14 et leur rappeler qu’aucune soif de pouvoir ne doit dispenser le politique responsable du respect des textes du pays qu’il espère gouverner. Si les opposants estiment que le parti au pouvoir est irrespectueux des textes de la république et qu’il faut pour cela qu’il y ait changement, alors on attend d’eux qu’ils s’inscrivent, au moins eux, dans la légalité dans leurs démarches et stratégies d’accession au pouvoir. Personnellement, je ne peux me réjouir que dans cette situation togolaise déjà assez complexe des politiques veuillent accéder au pouvoir par effraction et surtout dans l’exclusion de ceux qui aujourd’hui gouvernent le pays. Nous devrions faire extrêmement attention.

Mais aujourd’hui cette conjoncture est passée et je crois que la plupart des opposants de la C14 eux-mêmes ont compris que cette position soutenue aussi par le Prof. Kokoroko dont j’admire le courage et la simplicité, est la plus scientifiquement défendable et politiquement correcte. Pas de rétroactivité implicite et automatique de la loi constitutionnelle. C’est d’abord une question de bons sens et non de « partisanerie » politique.

Mais finalement, ces dernières semaines on vous a senti très proche de l’Union des Forces de Changement (UFC). Vous avez aussi animé une conférence dudit parti à l’occasion des 26 ans de l’attentat de Soudou. Etes-vous devenu un intellectuel organique et partisan ?

C’est une question qui m’est revenue souvent ces dernières semaines. Il faudrait mettre fin aux spéculations. Je ne suis pas membre de l’UFC, et je ne détiens de carte d’aucun parti politique au Togo. Ce qui n’est pas le cas ailleurs où je me suis engagé avec une certaine droite.

Voici : j’ai répondu, en tant que technicien, à une sollicitation personnelle du Dr Gilchrist Olympio que je respecte énormément, pour conduire des consultations politiques ad hoc dans le pays. Si j’ai accepté, c’est parce que je sais que ce parti est non extrémiste et qu’il a assimilé la notion d’alternance pacifique, ce en quoi je crois fermement. En plus, la mission à accomplir n’a rien d’illégal ni d’intrigant. Vous l’aurez remarqué, je ne suis pas particulièrement attiré par ce qui est extrémiste et exclusiviste. L’arbre de l’exclusivisme cache la forêt du nihilisme et vous savez jusqu’où les travers et les dérives nihilistes peuvent entraîner des peuples déjà opposés par le politique !!! J’ai donc juste presté ponctuellement, et ce n’est pas la première fois puisqu’en 2012 j’ai eu à conduire des formations au sein de ce parti notamment en « communication politique » et en « partis politiques et organisations ». D’ailleurs, l’Ufc n’est pas le seul parti où j’ai eu à faire des formations. En 2013 ou 2014 je crois, j’ai conduit également une formation à la CPP de M. Francis Ekon. Serais-je pour cela devenu partisan de la CPP ? Non. Lorsqu’une organisation ou un parti politique sollicite un service dont vous avez l’expertise, je crois que vous avez le droit et la liberté d’accepter si les conditions vous conviennent. La conférence du 5 mai rentre dans le même registre…

Mais au-delà de toutes ces précisions, n’auriez-vous pas des perspectives ou un appétit pour la politique ?

Chaque fois que le citoyen s’intéresse à la chose publique ou se déploie dans le champ social, il fait et subit la politique. La politique est consubstantielle à la citoyenneté. Vous le savez. J’aime la politique, ce qui ne m’intéresse pas du tout, c’est le politico-partisan. Il est historique et nous vient du modèle occidental que nous ne sommes pas obligés de plaquer intégralement. Il n’est donc pas intemporel et peut être réformé si on le veut. Je peux vous assurer que cela est l’un de mes vœux le plus chers pour notre pays : sortir de l’actuel modèle politico-partisan.

Mais au-delà de cette précision, en général  nous devons servir nos sociétés parce que seulement en cela notre vie a un sens. Si nous devions vivre juste pour nous-mêmes à quoi bon vivre en société ? La politique n’est donc pas une fin, elle devient un moyen. C’est en cela et pour cela qu’elle m’intéresse.

Réalisée par Louis KAMAKO


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Last modified on mardi, 17 juillet 2018 19:20
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